26-08-2019  (594 lectures)

Ordre de Malta ou ordre de Nice? - Niça

Llinda de la porta - mort d'Inguanez -1447

Tant que la guerre entre François I er et Charles- Quint durerait, et dans l’attente de reconquérir Rhodes, l’Ordre s’installerait à Nice et à Villefranche, avec sa flotte, ses chevaliers, ses soldats, et toute sa population rhodienne. Chaque « langue » aun dirigeant, le « pilier », et, auprès du grand-maître, une « auberge », sorte de siège particulier où ils se réunissent. Très vite aussi, les chevaliers comprennent qu’ils ne pourront pas rester à Chypre, dont les rois, issus de la famille poitevine de Lusignan, s’avèrent très intrusifs dans leurs affaires. Les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem débarquent à Villefranche puis s’établissent  à Nice, tout profitant de la bienveillance du duc de Savoie

(Ci-dessus : les preuves de noblesse d’un postulant niçois à l’entrée dans l’Ordre. (DR) Ci-dessous : la rade de Villefranche en 1529. On notera que la citadelle, qui s’élèvera sur la colline solitaire, à droite, n’est pas encore construite.)

Chantiers navals réputés

Nice est bien connue des chevaliers pour ses chantiers navals. Déjà, en 1475 ils etaient leur principales clients, c’est à Nice que le chevalier Foulques De La Valette arme une nef et s’en va faire le corsaire au large d’Alexandrie et de la Syrie. Et surtout, en 1522, c’est à Villefranche qu’on construit le premier navire cuirassé de l’histoire méditerranéenne, au bénéfice des Chevaliers, une caraque que les Niçois baptisent, dans leur langue, la « nau de Rodi » (la « nef de Rhodes »). En la voyant, les témoins du temps parlent d’une vraie ville flottante, et l’expression « couma la nau de Rodi » devient proverbiale en niçois pour désigner toute construction particulièrement impressionnante. Lancée le jour de la chute de Rhodes,soit le 22 décembre 1522, la « nau de Rodi » intègre la flotte des Chevaliers au cours de leur longue errance postérieure. C’est elle qui porte le grand-maîtreVilliers de L’isle-Adam à l’arrivée de l’Ordre à Malta.

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Venu du temps des Croisades, l’ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Jérusalem est aujourd’hui plus connu sous le nom d’ordre de Malta. Fondé comme me une institution à la fois spirituelle, militaire et sociale, il a conservé : de ce temps cette dernière vocation. Mais savez-vous que les hasards de l’Histoire auraient pu nous le faire connaître, non pas sous le nom d’ordre de Malta, mais sous celui de l’ordre de Nice? Car au XVIe siècle, et après un séjour de deux ans dans notre ville, c’est bien à Nice que les chevaliers de l’Ordre faillirent de s’installer définitivement .

Il faut remonter bien loin avant de se retrouver, en 1527, sur les rivages de la baie des Anges. Après la prise de Jérusalem par les chrétiens de la Première Croisade, en 1099, un convers, c’est à dire un homme en situation intermédiaire entre le laïc et le moine, et qui était déjà présent sur place à la tête d’un hôpital accueillant les pèlerins, demande que cet hôpital soit reconnu comme un établissement autonome de tout ordre religieux et puisse être desservi par une congrégation particulière. Cet homme, il s’appelle frère Gérard. Cet hôpital, il le placera sous la protection de Saint-Jean-Baptiste. Et cette congrégation, formée de moines-soldats, prendra le nom d’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, que les successeurs de Gérard dirigeront sous le nom de grands maîtres. Nous sommes en 1113. La quête d’une terre accueillante

Pendant deux siècles, en Terre Sainte et en Orient, l’Ordre se structure, s’organise, se développe, tant militairement que sur le plan hospitalier. En 1291, quand la dernière place-forte chrétienne est prise, l’Ordre est obligé de quitter la Terre Sainte et se replie sur Chypre, qui reste aux mains des Croisés.

Très vite, les dignitaires de l’Ordre comprennent que le retour en Terre Sainte est impossible. Ils entreprennent donc de réorganiser leurs possessions en Europe, ces terres, fermes, droits et privilèges divers que rois, nobles et bourgeois leur avaient données au fil des siècles pour financer leurs actions en Orient. En 1301, les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem se structurent donc en « langues », sortes de grandes régions, Provence, Auvergne, France, Aragon, Castille, Italie, Angleterre, Allemagne. L’ordre de Malta aurait Obligés de quitter la Terre Sainte,

Alors, entre 1307 et 1310, ils s’emparent de Rhodes, au détriment d’autres chrétiens, orthodoxes ceux-là, les empereurs de Byzance, et ytransfèrent leur siège. Ils yrestent pendant plus dedeux siècles, malgré les sièges réguliers que leur infligent les souverains Un Piémontais à la tête de la citadelle du Château Parmi les chevaliers qui arrivent à Nice en 1527 figure un noble piémontais,Paul Simeono-Balbi de Chieri. Déjà, en 1506, à dix-huit ans, il s’était illustré en défendant Lindos, une ville de Rhodes, contre un assaut ottoman. Les Niçois le retrouveront lors du siège de 1543 : leduc de Savoie Charles II lui aconfié le commandement de la citadelle du Château, et c’est à lui que l’on doit la résistance victorieuse de notre placeforte à l’assaut franco-ottoman, entre le 7 août et le 8 septembre 1543. Charles II, duc de Savoie de 1504 à1553, vu par François Clouet, Turin, Galleria Sabauda. (DR) sultan Soliman leMagnifique les autorise àpartir avec leurs armes, tous leurs biens, et à emmener avec eux toute la population civile qui le souhaite. Commence alors un long exode, chevaliers et familles rhodiennes mêlées, à la recherche d’une terre accueillante, qui doit musulmans de Méditerranée orien- dans leur esprit ré ; réunir trois tale, le sultan d’Egypte : e en 1440 et z.ti conditions : permettre perr la 1444, puis le sultan ottoman en poursuite de la lutte mili- 1480. Ils y développent t aussi une taire contre 1 les Otto- nouvelle forme militaire : mans, mais aussi l’ins- Rhodes étant une île, le comtallation de leurs bat naval devient leur spécia- institutions, l’hôlité, et leur flotte sera L longpital -celui de temps un acteur majeur pur de Rhodes était le la guerre navale sur notre plus moderne mer.

Finalement, en de l'l’époque - 1522, face à un nouvel et les au- assaut ottoman, les Chevaliers doivent abandon- leur éviter la ner Rhodes. Admiratif f de sou ; soumission à leur courage, et pourtant un souverain sie berges, et peu coutumier du fait, le quelconque. quels Dans un premier temps, c’est le pape Clément VII qui leur propose de s’installer à Civitavecchia, sur le littoral des Etats pontificaux. De là, sans doute pour atténuer l’esprit d’indépendance qui les anime, le pape les transfère à l’intérieur des terres, à Viterbe, en 1528. Mais l’Ordre poursuit son combat. Des pirates barbaresques attaquent un de ses navires au large de la Toscane. Aussitôt, le grand-maître Philippe de Villiers de L’isle-Adam mobilise sa flotte et se lance à leur poursuite. Mais il mesure combien l’exercice est difficile,


En quarantaine à Villefranche

avec le gros de ses troupes à Viterbe et il se dirige alors vers Villefranche. Pourquoi choisit-il ce port ? Sans doute parce qu’au même moment, un violent conflit oppose François I et Charles-Quint. Tous les Etats de la région ont pris fait et cause avec La croix de Malta. Chaque « association » religieuse médiévale se dote d’un modèle de croix particulier. La croix qui caractérise l’ordre de Malta est facilement reconnaissable : blanche ou rouge sur fond rouge ou noir, ses quatre bras s’achèvent en deux pointes chacun, soit en tout huit pointes. Elle ne peut donc être confondue avec la croix des chevaliers du Temple, dont les extrémités des bras sont rectilignes, ni avec la croix des confréries de pénitents blancs, dont les extrémités des bras sont arrondies.

APRES AVOIR QUITTÈ RHODES AVEC SES CHEVALIERS. PHILIPPE DE VILLIERS DE LISLE-ADAM. GRAND MAITRE DE L'ORDRE DE SAINT-JEAN-DE -JERUSALENI, OBTINT. EN 1527, L'AUTORISATION DE CHARLES IL DUC DE SAVOIE. DE RESIDER A NICE OU IL SÉJOURNA. DANS CE QUARTIER. AVANT DE S'INSTALLER Rome et en Toscane, on lui imposa une quarantaine. Le grand-maître envoya alors en ambassade auprès de Charles II, duc de Savoie, un chevalier d’origine piémontaise. Il proposat ceci :

Ètant donnée, la guerre entre François I er et Charles-Quint, et dans l’attente de reconquérir Rhodes, l’Ordre s’installerait à Nice et à Villefranche, avec sa flotte, ses chevaliers, ses soldats, et toute sa population rhodienne. De là, le duc de Savoie pourrait l’utiliser dans sa lutte contre les Barbaresques. Mais en échange, l’Ordre resterait parfaitement indépendant, libre de posséder des biens et de disposer de ses revenus. Il serait même interdit aux fonctionnaires ducaux d’imposer quoi que ce fût aux Chevaliers, et aux Niçois de profiter de la situation pour leur faire payer des loyers plus élevés!

L’accord fut conclu. Et c’est ainsi que le 8 octobre 1527, la rade de Villefranche fut le théâtre du spectaculaire débarquement des chevaliers de Saint-Jean avec tous leurs fidèles Rhodiens, puis, peu à peu, tout le monde se transféra à Nice, soit 5000 personnes environ, pour une population niçoise qui atteignait à peine les 10.000 habitants. On y établit le Palais magistral, au 7 de l’actuelle rue Mascoïnat, les « auberges » des huit « langues », et l’hôpital. De là, en décembre, le grand-maître se lança dans une grande tournée des capitales européennes pour recueillir des soutiens et de l’argent.

(Le palais magistral du 7 rue Mascoïnat, avec sa plaque commémorative. Philippe de Villiers de L’Isle-Adam, grand-maître de l’Ordre de 1521 à 1534. -DR)

Le départ pour Malta

Dans le même temps, l’Ordre renforçait sa flotte en se faisantremettretous les condamnés aux galères de Provence et en construisant deux galères à Villefranche. Ces navires La madone de Philerme aujourd’hui. On remarque les huit pointes de la croix de l’Ordre dépassant du tableau (DR) se mirent à la chasse aux Barbaresques. Mais pas seulement. L’afflux de population à Nice, aussi soudain qu’imprévu, avait provoqué un début de disette. Ce fut un navire de l’Ordre qui alla aussitôt chercher en Sicile tout le grain nécessaire au ravitaillement de tous, tandis qu’un autrerapportait d’Oran, alors sous contrôle espagnol, une deuxième cargaison de blé. Pour autant, soucieux d’accroître son autonomie, nous raconte le chroniqueur niçois Honoré Pastorelli, l’Ordre se fait donner par le duc de Savoie, en toute souveraineté, le CAP FERRAT. En creusant un large fossé là où un isthme étroit le relie au continent, les Chevaliers auraient transformé la presqu’île en île, leur île!

Dans l’intervalle, le grand-maître Villiers de L’Isle-Adam se trouvait à Chambéry, le 19 octubre 1528, parce que Charles II, duc de Savoie, lui avait demandé d’être le parrain de son nouveau-né, le futur duc Emmanuel-Philibert. A ses côtés, comme un rappel inattendu de l’origine de l’Ordre au coeur des montagnes alpines se tenaient l’archevêque de Rhodes et l’évêque de Beyrouth ! Puis le grand-maître revint à Nice. Nous étions le 12 décembre 1528. Mais François I er et Charles-Quint entrèrent en négociation. Bientôt, le 5 août 1529, ils signeraient la paix. De son côté, Charles-Quint se rapprocha du grand-maître pour lui proposer d’établir l’Ordre à Malta, alors dépendance de la Sicile qui lui appartenait, dans l’attente de la reprise de Rhodes. Pour Charles-Quint, ce transfert était tout bénéfice :moyennant une île àdirevrai pauvre et stérile, il installait en plein coeur de la Méditerranée une puissante force navale bien utile dans sa lutte contre les Ottomans. Et comme cette proposition allait dans le sens de son combat, Villiers de L’Isle-Adam accepta. Il informa le duc Charles II que la paix entre le roi de France et l’Empereur le libérait de son engagement à son égard. Une mission exploratoire quitta Nice le 18 juin 1529. Et le 12 juillet 1529, l’Ordre au complet, dont deux chevaliers niçois, les frères Philibert et Jean-Barthélemy Riquier, sa flotte, composée de cinq galères, de deux caraques, d’un galion, de deux nefs, de trois vaisseaux de transport et de deux brigantins leva l’ancre, là, sous les murs de Nice, dans l’anse des Ponchettes. A son bord, la population rhodienne, et aussi sept cents soldats, d’origine gasconne, dit la chronique, en route pour la Sicile, d’où ils devaient rejoindre Malta. Désormais, les chevaliers de Saint-Jean seront mieux connus sous le nom de chevaliers de Malta. Mais ils laissèrent un souvenir à Nice : le retable de la Madone de Philermes, toujours visible, aujourd’hui, dans l’église Saint-Barthélemy.

Ils laissaient aussi une empreinte fort attractive parmi la noblesse niçoise, dont seuls les fils pouvaient devenir chevaliers : pas moins de 155 Niçois, en quatre siècles, allaient intégrer ses rangs. Et parmi eux, un atteindra la charge la plus illustre, Jean- Paul Lascaris de Castellar,  grandmaîtredel’Ordrede1636 à1657. HERVÉ BARELLI La ville de Rhodes en 1493. (DR)

Le mystère de la Madone de Philerme

Au moment de quitter Nice, un chroniqueur rapporte que le grand-maître Villiers de L’Isle-Adam offrit aux Niçois un tableau représentant la Madone de Philerme. Dans l’histoire del’Ordre, cette image de la Vierge, peinte selon la tradition par saint Luc lui-même, avait été déplacée de Constantinople àRhodes et installée dans une chapelle érigée sur le mont Phileremos pour commémorer une apparition de la Vierge. Quittant Rhodes, les Chevaliers emportèrent la précieuse image avec eux. Et en 1527, voilà donc l’image à Nice. Mais, dès les années 1670, l’historien niçois Pierre Gioffredo démonte la légende : le retable représentant la Vierge entourée de saint Jean-Baptiste etsaint Sébastien n’est pas la Madone de Philerme, qui est d’ailleurs visible à Malta à la même époque, mais une œuvre de François Bréa, peinte vers 1530, peut-être bien offerte par Villiers de L’Isle-Adam car au XVII e siècle encore ses armoiries figurent au bas du tableau.

En réalité, la légende la Madone de Philerme à Nice a été forgée par un Capucin niçois,f rère Chérubin. On l’a dit, c’est dans l’église des Capucins de Nice, l’église Saint-Barthélemy, que le tableau avait été installé. On comprend mieux, alors, tout l’intérêt de prétendre qu’il était lié à une apparition de la Vierge en personne! pour l’un ou l’autres a ceux du duc de Savoie, souverain de Nice, de son comté, et donc de Villefranche depuis 1388, qui se veut neutre. A Villefranche, la flotte de l’Ordre peut se rééquiper,trouver des marins, sans forcément être embarquée dans la guerre qui frappe tout le littoral de Barcelone à Naples. En outre, mais comme dans de nombreuses autres régions d’Europe, l’Ordre possédait des biens importants à Nice et dans son comté : une commanderie à Nice même, au pied du Château, non loin de l’extrémité est de l’actuel cours Saleya, et entre autres les biens reçus des Templiers suite à la dissolution de leur ordre, qui ont donné son nom au quartier de la Fontaine-du-Temple. L’accueil de la flotte de l’Ordre à Villefranche fut assez frisquet. Comme on craignait qu’elle n’apportât la peste, qui sévissait alors à la fameuse « Nau de Rodi ». (DR)




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