03-12-2013  (4899 lectures)

Tacitus, Voltaire i Catalunya


"Pensament: "El temps fa justícia i acaba posant cada cosa al seu lloc"

Voltaire. Oeuvres complètes de Voltaire; Chap. XXIV, pàge 183:

La Catalogne est un des pays les plus fertiles de la terre, et des plus heureusement situ√©s. Autant arros√©e de belles rivi√®res, de ruisseaux, et de fontaines, que la vieille et la nouvelle Castille en sont d√©nu√©es, elle produit tout ce qui est n√©cessaire aux besoins de l'homme, et tout ce qui peut flatter ses d√©sirs, en arbres, en bl√©s, en fruits, en l√©gumes de toute esp√®ce. Barcelone est un des beaux ports de l'Europe, et le pays fournit tout pour la construction des navires. Ses montagnes sont remplies de carri√®res de marbre, de jaspe, de cristal de roche; on y trouve m√™me beaucoup de pierres pr√©cieuses. Les mines de fer, d'√©tain, de plomb, d'alun, de vitriol, y sont abondantes: la c√īte orientale produit du corail. La Catalogne, enfin, peut se passer de l'univers entier, et ses voisins ne peuvent se passer d'elle.

Catalunya √©s un dels pa√Įsos m√©s f√®rtils i m√©s ben situats. Talment banyada de bells rius, rierols i fonts dels quals la vella i la nova Castella en s√≥n desprove√Įdes. Produeix tot all√≤ que √©s necessari per a l'home i tot all√≤ que pot delectar els seus desigs, en arbres, cereals, fruits, llegums de tota mena. Barcelona √©s un dels m√©s bonics ports d'Europa i el pa√≠s proporciona tot all√≤ necessari per a la construcci√≥ dels vaixells. Les seves muntanyes s√≥n plenes de pedreres de marbre, de jaspi, de cristall de roca; fins i tot hi podem trobar moltes pedres precioses. Les mines de ferro, d'estany, de plom, d'alumini, de vidriol hi s√≥n abundants: La costa oriental produeix corall. En resum, Catalunya en t√© prou amb ella sola, per√≤ els seus ve√Įns no poden passar sense ella.

Analectes volterianes - (Berlin, 1751).

0. "El temps posa a cadasc√ļ al seu lloc"

1. C'est des Catalans que Tacite a dit [en exag√©rant]: ¬ę Ferox gens nullam esse vitam sine armis putat; ce peuple f√©roce croit que ne pas combattre c'est ne pas vivre. ¬Ľ

2. Le plus ancien monument des duels ordonnés par les arrêts des rois est la loi de Gondebaud le Bourguignon, d'une race germanique qui avait usurpé la Bourgogne. La même jurisprudence était établie dans tout notre Occident. L'ancienne LOI CATALANE, citée par le savant du Cange [gramàtic s.XVII], [ainsi comme] les lois allemandes bavaroises spécifient plusieurs cas pour ordonner le duel..

3. L'√ąbre, qui est en Catalogne, est incontestablement l'Euphrate, dont un E est la lettre initiale.

4. Les catalanes sont les plus belles femmes!

La langue italienne n'était pas encore formée du temps de Frédéric II. On le voit par les vers de cet empereur, qui sont le dernier exemple de la langue romance dégagée de la dureté tudesque:

Plas me el cavalier Frances,
E la donna Catalana,
E l'ovrar Genoes,
E la danza Trevisana,
E lou cantar Provensales,
Las man e cara d'angles,
lon donzel de Toscana.

Ce monument est plus pr√©cieux qu'on ne pense, et est fort au-dessus de tous ces d√©combres des b√Ętiments du moyen √Ęge, qu'une curiosit√© grossi√®re et sans go√Ľt recherche avec avidit√©. Il fait voir que la nature ne s'est d√©mentie chez aucune des nations dont Fr√©d√©ric parie. Les Catalanes sont, comme au temps de cet empereur, les plus belles femmes!

"Les Catalanes sont, comme au temps de cet empereur, les plus belles femmes de l'Espagne."

5. La Catalogne se soul√®ve et se donne √† la France. Le Portugal, qui depuis Philippe II n'√©tait qu'une province d'Espagne appauvrie, chasse le gouvernement autrichien et devient bient√īt pour jamais un royaume s√©par√© et florissant.
6. Tant de cl√©mence [de l'anglais a Barcelonne] toucha le coeur des Catalans. Ceux qui avaient √©t√© d√©livr√©s des cachots de l'inquisition con√ßurent que notre religion valait infiniment mieux que la leur. Ils demand√®rent presque tous √† √™tre re√ßus dans l'√Čglise anglicane; et m√™me quelques bacheliers de l'universit√© de Salamanque qui se trouvaient dans Barcelone, voulurent √™tre √©clair√©s. La plupart le furent bient√īt. Il n'y en eut qu'un seul, nomm√© don Inigo y Medreso y Comodios y Papalamiendo, qui fut un peu r√©tif .

7. Philippe IV, héritier de la faiblesse de son père, perdit le Portugal par sa négligence, le Roussillon par la faiblesse de ses armes, et la Catalogne par l'abus du despotisme… Les Catalans, qui regardaient leurs [?] rois comme leurs ennemis, ne leur permettaient pas même de lever des milices dans leurs provinces… Les Catalans venaient de se donner à la France, protectrice de la liberté qu'ils défendaient contre leurs [?] rois.

8. S'il (cardinal Richelieu) a dit quelque chose des révolutions de la Catalogue et du Portugal, il va montrer par quels ressorts on peut profiter de ces grands événements…

9. Les r√©volutions du Portugal et de la Catalogne exigeaient toute l'attention du ministre‚Ķ Le d√©sordre augmenta sous Philippe IV, fils de Philippe III. Son favori, le comte-duc Olivar√®s, lui fit prendre le nom de grand √† son av√®nement; s'il l'avait √©t√©, il n'e√Ľt point eu de premier ministre.¬† L'Europe et ses sujets lui refus√®rent ce titre: et, quand il eut perdu depuis le Roussillon par la faiblesse de ses armes, le Portugal par sa n√©gligence, la Catalogne par l'abus de son pouvoir, la voix publique lui donna pour devise un foss√©, avec ces mots: "Plus on lui √īte, plus il est grand."

10. La Catalogne entière, jalouse de ses privilèges auxquels il attentait, se révolte, et se donne à la France (1640)

11. Tous les Catalans, nation belliqueuse et opini√Ętre , tenaient obstin√©ment pour son concurrent .

12. Ceux qui avaient alors le plus de crédit dans cette province [dans le sens geografique], se flattèrent qu'ils pourraient former une République sous une protection étrangère, et que le roi d'Espagne ne serait pas assez fort pour les conquérir. Ils déployèrent alors ce caractère que Tacite leur attribuait il y a si longtemps: "Nation intrépide, dit-il, qui compte la vie pour rien quand elle ne l'emploie pas à combattre."

13. La Catalogne est un des pays les plus fertiles de la terre, et des plus heureusement situ√©s. Autant arros√©e de belles rivi√®res, de ruisseaux, et de fontaines, que la vieille et la nouvelle Castille en sont d√©nu√©es , elle produit tout ce qui est n√©cessaire aux besoins de l'homme, et tout ce qui peut flatter ses d√©sirs, en arbres, en bl√©s, en fruits, en l√©gumes de toute esp√®ce. Barcelone est un des beaux ports de l'Europe, et le pays fournit tout pour la construction des navires. Ses montagnes sont remplies de carri√®res de marbre, de jaspe, de cristal de roche; on y trouve m√™me beaucoup de pierres pr√©cieuses. Les mines de fer, d'√©tain, de plomb, d'alun, de vitriol, y sont abondantes: la c√īte orientale produit du corail. La Catalogne, enfin, peut se passer de l'univers entier, et ses voisins ne peuvent se passer d'elle.

Loin que l'abondance et les délices aient amolli les habitants, ils ont toujours été guerriers, et les montagnards surtout ont été féroces. Mais, malgré leur valeur et leur amour extrême pour la liberté, ils ont été subjugués dans tous les temps: les Romains, les Goths, les Vandales, les Sarrasins, les conquirent.

Ils secouèrent le joug des Sarrasins, et se mirent sous la protection de Charlemagne. Ils appartinrent à la maison d'Aragon [maison d'Aragon  apartenait aux rois catalans], et ensuite à celle d'Autriche.

Nous avons vu que sous Philippe IV, pouss√©s √† bout par le comte-duc d'Olivar√®s , premier ministre, ils se donn√®rent √† Louis XIII en 1640. On leur conserva tous leurs privil√®ges; ils furent plut√īt prot√©g√©s que sujets. Ils rentr√®rent sous la domination autrichienne en 1652; et, dans la guerre de la succession, ils prirent le parti de l'archiduc Charles contre Philippe V . Leur opini√Ętre r√©sistance prouva que Philippe V, d√©livr√© m√™me de son comp√©titeur, ne pouvait seul les r√©duire . Louis XIV, qui, dans les derniers temps de la guerre, n'avait pu fournir ni soldats ni vaisseaux √† son petit-fils contre Charles, son concurrent, lui en envoya alors contre ses sujets r√©volt√©s. Une escadre fran√ßaise bloqua le port de Barcelone, et le mar√©chal de Berwick l'assi√©gea par terre

La reine d'Angleterre , plus fid√®le √† ses trait√©s qu'aux int√©r√™ts de son pays, ne secourut point cette ville. Les Anglais en furent indign√©s; ils se faisaient le reproche que s'√©taient fait les Romains d'avoir laiss√© d√©truire Sagonte [Sagunt]. L'empereur d'Allemagne promit de vains secours. Les assi√©g√©s se d√©fendirent avec un courage fortifi√© par le fanatisme [pour la libert√©]. Les pr√™tres, les moines, coururent aux armes et sur les br√®ches, comme s'il s'√©tait agi d'une guerre de religion . Un fant√īme de libert√© les rendit sourds √† toutes les avances qu'ils re√ßurent de leur ma√ģtre. Plus de cinq cents eccl√©siastiques moururent dans ce si√®ge les armes √† la main. On peut juger si leurs discours et leur exemple avaient anim√© les peuples.

Ils arbor√®rent sur la br√®che un drapeau noir, et soutinrent plus d'un assaut. Enfin les assi√©geants ayant p√©n√©tr√©, les assi√©g√©s se battirent encore de rue en rue; et, retir√©s dans la ville neuve, tandis que l'ancienne √©tait prise, ils demand√®rent en capitulant qu'on leur conserv√Ęt tous leurs privil√®ges (12 septembre 1714). Ils n'obtinrent que la vie et leurs biens. La plupart de leurs privil√®ges leur furent √īt√©s; et de tous les moines qui avaient soulev√© le peuple et combattu contre leur roi, il n'y en eut que soixante de punis: on eut m√™me l'indulgence de ne les condamner qu'aux gal√®res. Philippe V avait trait√© plus rudement la petite ville de Xativa dans le cours de la guerre: on l'avait d√©truite de fond en comble, pour faire un exemple : mais si l'on rase une petite ville de peu d'importance, on n'en rase point une grande, qui a un beau port de mer, et dont le maintien est utile √† l'√Čtat.

Cette fureur des Catalans qui ne les avait pas animés quand Charles VI était parmi eux, et qui les transporta quand ils furent sans secours, fut la dernière flamme de l'incendie qui avait ravagé si longtemps la plus belle partie de l'Europe…

La Catalogne semblait pr√™te √† secouer le nouveau joug, et √† se donner √† l'archiduc Charles. Il √©tait impossible que le Portugal ne se range√Ęt t√īt ou tard du c√īt√© de la maison d'Autriche. Son int√©r√™t visible √©tait de nourrir chez les Espagnols, ses ennemis naturels , une guerre civile dont Lisbonne ne pouvait que profiter.

14. Il (Peterborough) court avec ses officiers; il trouve des Allemands et des Catalans, qui, joints à la populace de la ville, saccageaient les maisons des principaux citoyens; il les chasse; il leur fait quitter le butin qu'ils enlevaient; il rencontre la duchesse de Popoli entre les mains des soldats, prête à être déshonorée ; il la rend à son mari. Enfin, ayant tout apaisé, il retourne à cette porte et signe la capitulation. Les Espagnols étaient confondus de voir tant de magnanimité dans les Anglais, que la populace avait pris pour des barbares impitoyables, parcs qu'ils étaient hérétiques.

15. A la perte de Barcelone se joignit encore l'humiliation de vouloir inutilement la reprendre. Philippe V, qui avait pour lui la plus grande partie de l'Espagne, n'avait ni généraux, ni ingénieurs, ni presque de soldats. La France fournissait tout.




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